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Bilan de rentrée académique : effectifs, vies scolaires, ParcourSup, doublants de terminale

dimanche 23 septembre 2018
par  Snes S3 SV

De nombreuses sections SNES-FSU d’établissement ont rempli notre enquête de rentrée, ce qui permet de dresser un bilan sincère de la rentrée, loin des auto-satisfecit que s’octroit Jean-Michel Blanquer.

 Effectifs : les classes débordent !

En collège, de nombreux collègues ont témoigné de leurs conditions de travail particulièrement difficiles en cette rentrée. Il n’est plus rare de voir des classes de 30 élèves dans de nombreux collèges et l’Education Prioritaire n’est pas épargnée par ce mouvement global de hausse des effectifs, puisque les classes à plus de 27 élèves se multiplient également.
En lycée, les classes à 35 sont toujours le quotidien des professeurs.
Des problèmes de place dans les salles se font de plus en plus visibles : difficulté de circulation entre les tables, impossibilité de manipuler correctement dans les disciplines scientifiques, réquisition en dernière minute de salles qui ne sont pas prévues pour accueillir des élèves, et donc pas vraiment équipées pour cela.
Dans les 4 départements, les personnels se sont mobilisés, avec l’aide des sections départementales du SNES-FSU, par exemple au collège A.Thierry à Limay (78) Grève à la rentrée au collège de Limay , au collège Fleming à Orsay (91), en grève quelques jours après la rentrée, ou encore au collège Gay Lussac, à Colombes (92), et au lycée Jean-Jacques Rousseau, à Sarcelles (95)

 Vie scolaire sous pression

L’augmentation des effectifs et le manque de moyens touchent aussi les vie scolaires. CPE en nombre insuffisant ce qui alourdit la charge de travail des personnels en poste. L’absence de création d’emplois d’AED se fait aussi lourdement sentir dans les vies scolaires.
Parmi les mobilisations de la rentrée, celle, exemplaire menée par les personnels du collège Rousseau à Argenteuil (95), avec l’aide de la section départementale et académique. En grève pendant près d’une semaine pour réclamer un poste de CPE supplémentaire dans ce collège de près de 600 élèves de l’Education Prioritaire qui n’en compte qu’un (!) et pour dénoncer les revirements de la DSDEN qui après avoir promis des moyens supplémentaires pour la rentrée (un demi-poste d’AED), est revenue sur sa parole. De nombreuses actions ont mené les collègues de la DSDEN au Ministère en passant par le Rectorat. Une solution provisoire a été trouvée, et les collègues ont déjà pris rendez-vous pour les opérations de préparation de rentrée Collège Rousseau, pas de moyens, pas de rentrée

 ParcourSup : le fiasco prévisible

La modification, en plein coeur de l’été, des catégories statistiques permettant de comptabiliser les élèves sans proposition, technique bien connue des amateurs d’analyse des chiffres du chômage, ne cache pas même l’ampleur du désastre.
Depuis le mois de juin, le SNES-FSU Versailles exige un bilan académique du Rectorat. Après plusieurs mois d’embargo sur ces chiffres, ils ont enfin été, en partie, dévoilés lors du CTA du 18 septembre. 2500 élèves sortis de ParcourSup pendant l’été, faute d’avoir répondu dans les 48h de délai, près de 2500 qui ont démissionné de ParcourSup pendant l’été (pour aller vers le privé ?), au 21 août, près de 3500 élèves en attente de proposition et actifs !
Du côté des lycées accueillant des formations post-bac, l’enquête de rentrée du SNES-FSU Versailles montre qu’un nombre non négligeable de BTS ou de CPGE n’avaient pas fait le plein à la rentrée, à la fois en raison du calendrier qui a étiré la procédure tout au long de l’été, mais aussi parce que de nombreux élèves se sont certainement auto-censurés face à la course d’obstacles que représentait ParcourSup.

 Les « réfugiés du Brexit », grande cause académique

L’académie de Versailles peut bien s’enorgueillir d’accueillir des réfugiés, l’enthousiasme ne dure pas longtemps : d’une part car les moyens dévolus aux UPE2A sont loin d’être à la hauteur des enjeux de réussite scolaire et d’intégration des élèves allophones, d’autre part car c’est une catégorie bien particulière de réfugiés qui a les honneurs de l’académie en cette rentrée : les « réfugiés du Brexit ».

En étroite coopération avec la Région, l’académie de Versailles met les petits plats dans les grands, avec notamment la création d’une école européenne à Courbevoie en 2019 pour accueillir les enfants des personnels de l’agence bancaire européenne, qui va quitter Londres pour la région parisienne dans les prochaines semaines. En même temps, selon la formule consacrée, plusieurs centaines d’élèves n’ont pu faire leur rentrée, faute de places dans les lycées. De nombreux établissements de l’académie se sont aussi mobilisés pour obtenir les moyens nécessaires afin de diminuer les effectifs dans les classes ou renforcer les vies scolaires comme un symbole du décalage entre les effets d’annonce institutionnels et la réalité sur le terrain. Les autorités académiques et rectorales compteraient-elles sur un effet de ruissellement de Courbevoie jusqu’à Argenteuil ?

 Doublants de terminale, le parcours du combattant

Cette année encore, de nombreux élèves de terminale, doublants de terminale après un échec au bac, n’avaient toujours pas commencé leur année scolaire à la mi-septembre. Un phénomène particulièrement visible dans le 92 et le 91. Les explications sont connues : lors de la préparation de la rentrée, les structures sont toujours calculées au plus juste, bon nombre de lycées n’ont pas ou peu de places prévues pour accueillir les doublants, l’objectif à peine caché étant de faire des économies, au mépris d’une disposition règlementaire selon laquelle les élèves ont le droit de redoubler dans leur établissement d’origine. Dans le 91, certains élèves se sont vus proposer une place à plus de 35km de leur domicile, ou à près de 3h de transports en commun. Après un été fait de doute et d’attente interminable pour les élèves, dont certains ont abandonné l’espoir de refaire une année ou se sont tournés vers le privé, les DSDEN ont fini par créer des classes de doublants, ou des MOREA (modules de préparation à certaines épreuves), quelques semaines après la rentrée. Ces dispositifs sont créés à la va-vite, sans aucune considération pour les personnels (des HSE sont proposées, alors qu’il s’agit de prendre une classe en plus !) ou les élèves, affectés parfois dans un lycée qui n’est pas celui de leur secteur

 Le téléphone pleure (ou pas)

L’élément de langage s’est même imposé de l’autre côté de l’Atlantique puisque le New-York Times a consacré un article au soi-disant évènement de la rentrée : l’interdiction du téléphone portable au collège. La réalité est toute autre : la loi votée cet été ne change en réalité pas grand-chose au quotidien des établissements. Derrière les effets d’annonce, la décision d’interdire, ou non, le téléphone portable, est renvoyée au règlement intérieur…comme cela était déjà le cas auparavant. Si bien que, dans bon nombre de collèges, cette question n’a même pas été abordée lors des réunions plénières de prérentrée. Des situations pour le moins abracadabrantesques ont même été recensées, puisque dans un collège du 91 le règlement intérieur va devoir être revu pour…autoriser l’utilisation du téléphone lors de la pause méridienne !
Pourtant, la question plus globale du numérique à l’école nécessite un vrai débat public, auquel les personnels doivent être associés : utilisation pédagogique des terminaux, construction de réponses collectives pour faire face à l’appétit des entreprises privées qui lorgnent de plus en plus sur le numérique pour mieux s’introduire dans l’Education Nationale etc. Les questions sont nombreuses ! Un stage syndical sera organisé sur ce thème par la section académique dans la 2e partie de l’année.