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Education prioritaire : transparence annoncée, opacitée pratiquée

mercredi 8 octobre 2014
par  Snes S3 MBV

La Ministre de l’Éducation nationale a placé la refonte de l’Éducation prioritaire sous le signe de la transparence et du dialogue à tous les échelons, et comme devant répondre aux besoins.
Ce sont des exigences que portent avec les collègues le SNES et la FSU pour rompre avec les méthodes et les objectifs des précédentes reformes de l’Éducation prioritaire qui avaient pour but de réduire le nombre d’établissements de l’Éducation prioritaire afin de faire des économies budgétaires, et transformer en laboratoire de déréglementation les établissements concernés. Ce changement de discours est à mettre à l’acquis des actions des collègues et du SNES.

Mais encore une fois, entre les annonces et les actes, il y a un écart, particulièrement manifeste.

 Une méthode opaque et une absence de concertation

Un choix de critères discutables, décidés unilatéralement :

L’indicateur social devant classer les établissements se fonde sur l’exclusion inacceptable des lycées et sur le croisement de 4 critères : taux de retard en classe de 6e, taux d’élèves boursiers, taux d’élèves issus d’une ZUS, taux de catégories socio-professionnels défavorisés.

  • Le taux de retard en 6e n’est pas un indicateur de réussite scolaire. Il révèle des pratiques en terme de redoublement qui peuvent varier suivant les bassins d’éducation sans pour autant traduire le niveau et les acquis des élèves.
  • Le taux de catégories socio-professionnelles défavorisées repose sur la déclaration des parents, et est extrêmement sujet à caution. Dans beaucoup d’établissements, le renseignement manque pour une part non négligeable de la population scolarisée.
  • Le taux d’élèves issus d’une ZUS pose une triple difficulté :
    a) il élimine la question de la ruralité, pourtant, sensible en terme d’influence sur la réussite scolaire qui avait conduit au classement de plusieurs établissements à ce titre,

b) il avalise les critères de définition des zones urbaines sensibles qui ont entraîné, sur des bases contestables, la réduction de moitié de celle-ci, sans prendre en compte la montée et les mutations des inégalités sociales et territoriales dans les espaces métropolitains,

c) il ignore le fonctionnement en réseau de l’Éducation prioritaire : un collège scolarisant plusieurs écoles, une école dont le recrutement serait assis seulement sur une ZUS pourrait perdre le label.

Face à une question complexe, le SNES-FSU s’étonne de l’absence de concertation pour débattre des critères pertinents et équitables.

Les personnels, spectateurs de la définition de la carte de l’Éducation prioritaire dans l’académie de Versailles

Le classement qui résulte de l’application de l’indicateur social est secret. Les représentants des personnels, et, à travers, eux, les personnels, n’y ont pas accès. Le Recteur de l’académie de Versailles a tweeté la répartition entre départements de l’académie, sans réunir les organisations syndicales et sans que l’on sache, à ce jour, selon quels critères il a opéré. Le seul comité technique académique prévu avant que la carte devienne opératoire n’est pas saisi du sujet.
Dans les Hauts de Seine, le DASEN a réuni les organisations syndicales pour communiquer les entrants et les sortants en demandant de faire confiance à « l’intelligence collective » de l’Administration et sans donner les critères.

La méthode employée fait que la refonte de la carte qui s’engage ne peut être comprise.

Le SNES-FSU exige la transparence et l’ouverture d’une concertation sur la définition de celle-ci dans l’académie.

 Une carte qui répond aux besoins ?

Les lycées ne sont pas mis à l’écart mais ne sont pas inclus dans la nouvelle carte : une bataille déterminante à mener

Les lycées actuellement dans l’Éducation prioritaire, au nombre de 33 dans l’académie, ne figurent pas dans la nouvelle carte. Le Ministère, suite aux interventions du SNES et aux mobilisations des collègues (lycée Maupassant à Colombes, Galilée à Gennevilliers, Jaurès, Braque, Daubier, à Argenteuil, De Beauvoir à Garges les Gonesse...) annonce réfléchir à un indicateur pour établir un classement en Éducation prioritaire.

Leur éviction serait inacceptable pour le SNES-FSU. Limiter l’Éducation prioritaire au collège signifie renoncer à l’effort de démocratisation au lycée et donner les moyens aux classes populaires d’accéder à l’enseignement supérieur. Cela signifierait aussi financer la relance par un redéploiement des moyens des lycées classés en Éducation prioritaire vers les collèges ?


Un périmètre globalement conservé pour les collèges mais répond-il encore aux besoins ?

Si l’on se réfère aux collèges classés ZEP et sensible, le nombre de collèges en Éducation prioritaire augmente :

Département collèges EP à la rentrée 2014 collèges REP/REP+ à la rentrée 2015 solde
78 17 19 +2
91 18 22 +4
92 19 20 +1
95 24 35 +11
Académie 78 96 +18

Si l’on se réfère aux collèges classés RRS, plus large que celui des ZEP et sensible, le nombre de collèges en Éducation prioritaire diminue :

Département collèges EP à la rentrée 2014 collèges REP/REP+ à la rentrée 2015 solde
78 21 19 -2
91 22 22 0
92 28 20 -8
95 34 35 +1
Académie 105 96 -9

Le nombre de REP + augmente (+14) mais selon quel critère ?

Le périmètre à peu près constant ne semble pas tenir compte de la montée des inégalités sociales et territoriales dans l’académie. La réflexion sur les indicateurs et la transparence des critères sont indispensables aux débats.

 Quels moyens pour l’Éducation prioritaire ? Quelle ambition pour les élèves ?

La Ministre s’est engagé sur un effort pour les établissements qui seront en REP +, sous la forme d’une décharge de service afin de prendre en compte la lourdeur du travail en équipe. Mais, en cette rentrée, le classement REP + ne s’est pas traduit pour les établissements préfigurateurs par un abaissement significatif du nombre d’élèves par classe faute de moyens à la hauteur. La décharge s’est souvent transformée en heures supplémentaires ou donne lieu à une quantification tatillonne de C/E qui impose des réunions déconnectés des besoins et des réalités du métier.

Des interrogations fortes existent donc sur les moyens dévolus pour les établissement classés REP et REP + l’an prochain, ainsi que pour les lycées classés. Auront-ils les moyens, et, si oui, d’où viendront-ils pour permettre d’alléger les effectifs par classe, favoriser les dédoublements et la diversification pédagogique ?

La stabilité et l’attractivité des équipes est un élément clé :

  • en REP + : les collègues auront une indemnité doublée
  • en REP : une indemnité revalorisée à la rentrée 2015
    Pour tous, une priorité d’accès à la hors classe.

Pour ceux qui sortiront de l’EP, il est prévu le maintien pendant 3 ans de l’indemnité.

Ceux qui touchent la NBI en zone sensible et l’ASA (avantage spécifique d’ancienneté) en zone prévention violence continueront de les percevoir car ces avantages relèvent d’une politique interministérielle de la ville qui sera peut être revu suite au nouveau classement des ZUS.

Le SNES-FSU ne peut se satisfaire des conditions dans lesquelles s’engage la refonte : non inclusion des lycées, opacité... Il prendra ses responsabilités pour construire les mobilisations nécessaires à la reconstruction d’une Éducation prioritaire répondant aux besoins, dans une académie où les inégalités sont très fortes et où la difficulté sociale et scolaire est une composante du métier de nombreux collègues.


Documents joints

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