CIEN du 23 mai : compte rendu et interventions

mercredi 25 juin 2008
par Secteur lycées

Le CIEN ou conseil interacadémique de l’Education Nationale est une instance consultative qui réunit des représentants des collectivités territoriales : de la Région plus particulièrement (Région qui est représentée par madame Gourevitch vice-présidente), de l’administration (les 3 recteurs IDF), des parents d’élèves et des organisations syndicales dont la FSU. Vous trouverez ci-dessous nos différentes interventions selon les points à l’ordre du jour :

Déclaration liminaire FSU pour le CIAEN du 23 juin 2008

Avant de commencer cette réunion du CIAEN, il est nécessaire de revenir sur les raisons qui ont mis dans la rue des dizaines de milliers de personnels de l’Éducation nationale, de parents et de lycéens tout au long de cette année. Depuis l’arrivée au pouvoir de Monsieur Sarkozy, les réformes se multiplient dans tous les domaines : réduction des services publics et du nombre de fonctionnaires, retraites, recherche, emplois, pouvoir d’achat, culture ... La révision générale des politiques publiques, la RGPP, prévoit la poursuite et l’amplification de cette politique pour les 4 ans à venir. Ainsi l’objectif fixé est le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce qui doit conduire à la suppression de 160 000 emplois dans la fonction publique d’État qui s’accompagne de la remise en cause du principe du statut dans la fonction publique. L’Éducation nationale est la grande perdante de ce jeu de massacre puisque cela représente 20 000 emplois par an pour les quatre années qui viennent, en rappelant que la saignée de cette année est d’un peu plus de 11 000 et s’ajoute aux 30 000 emplois supprimés depuis 2003 dans le même secteur. La situation est dramatique car elle remet en cause l’éducation de toute une génération et obère l’avenir du pays. Les entreprises ayant besoin de personnels de haute technicité dont beaucoup sont dans notre région s’inquiètent sur les possibilités à venir de pouvoir recruter les personnels dont elles ont besoin. En effet notre région est fortement touchée par ces suppressions annoncées. Et nos trois Recteurs appliquent ces mesures avec un zèle tout particulier allant même jusqu’à supprimer plus de postes que le nombre d’emplois prévus au budget. Ainsi à Versailles ce sont 976 postes d’enseignants supprimés pour 578 emplois budgétaires de moins, à Créteil 870 pour 637 annoncés et à Paris .... pour .....Ces suppressions de postes s’accompagnent de la disparition des forfaits UNSS correspondants, affaiblissant ainsi le sport scolaire, alors que tout le monde s’accorde à reconnaître ses réussites et son rôle au sein du service public d’éducation. Alors que le Ministre refuse d’augmenter la subvention à l’UNSS ( identique à celle de ... 1989 et correspondant à moins de 1,80 euros par élève licencié), il propose la généralisation de l’accompagnement éducatif (avec un apport de l’Etat de 17 millions d’euros) concurrençant ainsi le sport scolaire. Ces suppressions de postes ne se font pas de manière égale. Elles pèsent tout particulièrement sur les établissements où se concentrent les élèves des milieux modestes. Les lycées d’enseignement technologiques, surtout là où des formations entières disparaissent, payent le plus lourd tribut. L’objectif affiché est de faire assurer les heures non couvertes par des postes en heures supplémentaires par les personnels restant. C’est ne pas tenir compte de la dégradation forte des conditions de travail, de la difficulté du métier, particulièrement dans notre région, relevés notamment pas des études de la MGEN. Nombre de personnels arrivent déjà usés en fin de carrière, et on prétend leur imposer un surcroît de travail en heures supplémentaire tout en reculant l’âge où ils pourront partir. Dans le même temps, les procédures pour insuffisance professionnelle se multiplient pour des personnels qui approchent les 60 ans. Cela conduit à des situations dramatiques pour les personnels et leurs familles et ne concerne pas les seuls enseignants. Les personnels administratifs ne sont pas épargnés. Les suppressions de postes, la surcharge de travail imposé à ceux qui restent provoquent un stress croissant et des maladies professionnelles ayant parfois une issue dramatique comme ce fut le cas dans l’académie de Versailles avec le suicide d’une collègue. Et tout est prétexte à ces suppressions. Ainsi le schéma directeur des regroupements des agences comptables participe de cette volonté. Nous ne sommes pas étonnés devant votre silence en réponse à notre demande de précisions sur la qualification des postes administratifs supprimés. De la même façon, nous dénonçons la façon dont sont implantés les postes de SGASU dans nos académies. Ainsi, si à Versailles un semblant de concertation avait l’an dernier arrêté les critères d’implantation de ces postes en agence comptable, on constate que ce ne sont pas ces critères qui sont toujours pris en compte cette année. Et sans parler de l’implantation de ces postes en services, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. Dans l’académie de Limoges, l’actuel président du Conseil régional s’est inquiété des risques que présentaient ces gros regroupements, notamment en termes de proximité pour les usagers. Nous souhaitons que Monsieur le Président du Conseil Régional d’Ile de France se prononce également sans équivoque.

Personnels de l’Éducation nationale, parents, lycéens qui défendent leur avenir, ont dû toute cette année faire face et se battre contre les restrictions budgétaires actuelles et à venir mais aussi dénoncer la conception passéiste de l’éducation qui s’installe à travers notamment les programmes. Cette politique dessine une école à plusieurs vitesses et les pratiques managériales, en particulier en ce qui concerne les évaluations, mettent en concurrence les personnels et vont à l’encontre des pratiques collectives de travail qu’il faut au contraire encourager. Le président Sarkozy l’a dit, il faut décider les réformes qui permettront les suppressions de postes. Ce n’est que cela, et non l’intérêt des jeunes qui préside à la généralisation du bac pro en 3 ans, à la réduction de l’ordre de 30 % du nombre d’heures de cours en lycée, à la limitation des LV et des options, à la fusion des séries, aux terminales de détermination allégées et au contrôle en cours de formation. Ce n’est que la réduction des coûts qui anime ce gouvernement.

La détermination syndicale de la FSU est forte car ce qui se profile, c’est un lycée allégé pour la masse des lycéens, débouchant sur des études supérieures courtes et profilées, tandis que la formation des élites relèverait d’un nombre réduit d’établissement bénéficiant de moyens supplémentaires et de la suppression de la carte scolaire permettant un recrutement d’élèves très sélectif. S’organise ainsi une école encore plus inégalitaire aux fonctions de tri social renforcées dont les conséquences seront une augmentation de l’échec scolaire sauf pour ceux qui pourront enrichir les marchands de soutien scolaire.

Cette situation est grave pour tous les jeunes et au delà pour l’avenir du pays. De nombreux élus inquiets pour l’avenir ont associé leur voix à la protestation de la rue. Ainsi comme il l’a écrit au Ministre de l’Éducation nationale, le président de la région ne « pense pas que des établissements rénovés, dotés de matériels pédagogiques modernes puissent sans les enseignants nécessaires, assurer un service public de qualité » et que « relever les défis auxquels est confrontée la Région Ile-de-France suppose d’élever les qualifications de la population et d’offrir aux jeunes, en particulier des milieux les plus défavorisés, une formation leur assurant un véritable avenir professionnel, social et citoyen ».

C’est pourquoi les syndicats de la FSU ont malgré les difficultés liées au calendrier, décidé de poursuivre l’information de la population, la mobilisation et l’action des personnels tout au long de ce mois de juin et que nous sommes prêts à reprendre dès les premiers jours de la rentrée qui, dans certains établissements, sera impossible à mettre en œuvre faute de personnel en nombre suffisant.

  Intervention sur la liste annuelle 2008 et la construction des établissements

1) construction des établissements Le premier point de l’ordre du jour porte sur la liste annuelle 2008 des opérations de construction et d’extension des établissements publics. Comme nous sommes à deux mois de la rentrée, gageons que ces projets sont entièrement réalisés pour que la rentrée puisse se préparer dans de bonnes conditions d’ici septembre. Certains collèges ont déjà investi leurs nouveaux locaux, comme à Bussy dans le 77. La réception de tous les travaux de cette liste a-t-elle été effective ? Les établissements sont-ils prêts pour la rentrée ?

En ce qui concerne l’EPS, dans le cadre des constructions/rénovations/restructurations, les besoins des établissements ne sont toujours pas pris en compte. Les réunions du groupe de travail mis en place par la Région ont été stoppées en mai 2006, sans conclusion précise, alors que les questions relatives aux locations, aux frais de transports, à la mise en place d’un groupe de suivi n’avaient pas encore été abordées. Nous attendons toujours que des décisions soient prises par la Région afin que le référentiel technique soit publié. Nous ne pouvons que regretter l’absence de l’Education Nationale sur ce sujet. En février 2008 Mme La Vice-Présidente en charge des lycées nous a annoncé par courrier « qu’un nouveau rapport cadre » était en cours d’élaboration. Les élèves et les professeurs ne peuvent continuer à attendre et à être dépendants pour la pratique de l’EPS (discipline d’enseignement avec des épreuves aux examens) et du sport scolaire du seul potentiel des communes en installations sportives.

Cette liste examinée à deux mois de la rentrée ne fait que rappeler les ouvertures qui ont été examinées en février dans les comités paritaires académiques ou départementaux ou plus récemment dans les CDEN pour les collèges. Nous souhaitons des informations sur l’actualisation des programmations prévues au plan pluri annuel pour les lycées. Les constructions sont souvent retardées au détriment des conditions de travail des élèves et des personnels dans des établissements surchargées. Qu’en est-il des constructions programmées comme celle des lycées de Serris et de Dammartin en Goëlle, de Courbevoie ...

Certaines zones de la région sont en expansion démographique ; l’accueil des élèves dans les établissements publics n’y est pas assuré dans de bonnes conditions. Certains bassins sont déficitaires en places de lycée professionnel. Ce sont les élèves qui en font les frais par des orientations qui ne leur conviennent pas. Dans ces cas, le choix est forcé vers le lycée général et technologique au nom de la fluidité forcée des passages de troisième en seconde. Nous demandons que chaque année l’état d’avancement du PPI soit communiqué au CIEN avec information sur les raisons des éventuels blocages ou retards.

2) Affectation des personnels L’ordre du jour prévoit l’affectation des postes administratifs dans ces nouveaux établissements. C’est toujours une prévision drastique, découlant d’une politique de redéploiement et non, comme cela devrait être, dans le cadre de créations nécessaires à l’ouverture d’établissements, ce que nous déplorons et dénonçons. Quelle est la politique d’affectation des postes de direction pendant la construction, au moment de la rentrée des élèves ? Dans les implantations provisoires les classes du site du lycée sont généralement rattachées à un autre établissement. Nous demandons alors que soit nommé un proviseur adjoint, comme le demandent souvent les personnels.

3) Internats Plusieurs internats vont être ouverts : 4 dans les collèges des Hauts de Seine, un dans un collège de Seine Saint Denis, un dans un lycée des Hauts de Seine. Quelle est la politique actuelle qui préside à l’implantation des internats ? Nous souhaitons que cette politique soit définie de manière transparente et qu’elle s’étende aux zones « périphériques » de l’Ile de France. Les filières professionnelles ou technologiques ont des implantions très distantes voire rares pour certaines spécialités ; or nous savons que les élèves font des choix liés plus à la proximité géographique qu’à la formation elle-même. La construction d’internats pourrait faciliter l’accès à ce type de filière. Un travail concerté avec les différents acteurs du système éducatif en lycée, donc y compris les personnels enseignants, nous paraît souhaitable.

Une proposition La construction d’internats offre l’occasion de construire des salles spécialisées et/ou semi-spécialisées de 300 à 400 m2 qui seraient utiles pour les élèves internes, pour l’EPS et le sport scolaire.

4) Gros travaux Sur le terrain, les personnels ne comprennent pas les délais exagérés pour la mise au point des dossiers et des études jusqu’à la réalisation de gros travaux. Certes nous entendons la volonté d’une politique transparente ; mais dans de trop nombreux cas le rallongement des délais, le changement de politique ou d’ingénieur, entraîne un redémarrage à zéro des projets et des études. Nous souhaitons vivement que les procédures puissent être raccourcies.

Enfin, la circulaire de rentrée du recteur de Créteil prévoit dans chaque établissement une salle des parents, voire une maison des parents, équipées de bornes Internet où les parents pourrait venir consulter la partie de l’espace numérique de travail qui leur est accessible.

Nous pensons donc qu’une concertation entre le rectorat de Créteil et le conseil régional a dû se tenir sur un cahier des charges, le financement et la réalisation des travaux nécessaires à ces aménagements qui concernent tous les établissements. Une fois de plus, les personnels auraient-ils été oubliés dans cette concertation ?

  Lycée des métiers, bac pro 3 ans et apprentissage Quelle politique pour l’Enseignement Professionnel Public en Ile-de-France ? Quelle réussite pour nos élèves ?

Partie lycée des métiers Nous aborderons tout à l’heure dans le point sur les structures pédagogiques les questions de la politique pour l’enseignement professionnel en Ile de France. Je centrerai mon propos sur la question des lycées des métiers. Dans la circulaire de rentrée, il est question de « labelliser » les lycées qui en font la demande « lycée des métiers » (l’objectif est de 800 labellisation en trois ans). C’est pour le moins inquiétant car ces structures sont créées pour développer l’apprentissage public par le biais des Unités de Formation en Apprentissage (UFA) qui y seront accolées. Ces structures sont dangereuses car elle favorise le mixage des publics, instille dans les établissements la concurrence entre les voies de formation, et permet de multiplier les dérogations à la carte scolaire. Quid de de la labellisation du LP Brassai avec LPO Renoir en réseau avec UNE BOITE PRIVEE d’apprentissage ? Curieuse tentative de mélange des genres ! Par ailleurs, la labellisation est reconduite pour de nombreux établissements labellisés sur la base d’une évaluation, d’autres établissements sont également étiquetés. Mais sur le terrain, la labellisation « lycée des métiers » est illusoire et n’apporte rien concrètement ni aux établissements, ni aux lycéens. Qu’est-ce à penser de la liste de nouveaux lycées labellisés dans l’académie de Versailles, et qui ne comporte aucune mention de leur spécialité ? Autre problème majeur : les lycées des Métiers sont spécialisés sur une filière en particulier à l’exclusive de toute autre. Cela contribue à réduire la proximité géographique de l’offre de formation. Un jeune qui réussit dans la voie professionnelle est un jeune qui a choisi une formation à proximité de son domicile. La richesse de l’offre de formation est une condition de sa réussite. Le lycée des métiers réduit les choix d’orientation à proximité et condamne les jeunes à un déterminisme géographique particulièrement inique : est-ce qu’un jeune doit être orienté vers un métier qu’il aura choisi par défaut parce que c’est la seule formation à proximité de son domicile ? Le lycée des Métiers distille sans le dire la concurrence entre les voies de formation. C’est joué l’apprentissage contre la formation professionnelle initiale publique. Il est tout à fait regrettable que la Région investisse des sommes colossales (200 millions d’euros à travers les Contrats d’Objectifs et de Moyens) pour le développement de l’apprentissage quand les élèves en difficulté ne profiteront pas de cette manne. S’il est bien évident que ce sont les meilleurs élèves à niveau V et IV qui réussissent en apprentissage, c’est la voie professionnelle initiale publique qui va être vidée pour alimenter ce mode de formation. Ajoutons, qu’aucun bilan n’a été fait à ce jour de l’impact sur les établissements de la labellisation.

Partie structures pédagogiques La rentrée 2008 s’apparente à un grand chamboule tout dans les structures de l’enseignement professionnel public. La lecture des documents concernant les structures montre l’extension de l’expérimentation du bac pro 3 ans et annonce pour 2009 la mort inexorable des sections de BEP. 148 sections de BEP supprimées dans l’académie de Créteil pour 135 sections de première année bac pro et 5 de CAP créées (pour au total 19 divisions supprimées en LP pour une baisse de 220 élèves, ce qui est tout à fait surprenant compte tenu de la demande d’orientation vers la voie professionnelle publique !!!). 25,5 sections de BEP supprimées dans l’académie de Paris pour 29 sections de première année bac pro créée (pour au total 21,5 divisions supprimées en LP pour une baisse de 145 élèves, ce qui est tout aussi surprenant qu’à Créteil !!!).. 138 sections de BEP supprimées dans l’académie de Versailles pour 129 sections de première année bac pro créée.

Ce n’est pas qu’un étiquetage qui change ici, et ce qui est grave, ce sont les conséquences globales de cette politique de massacre (suppressions ?) qui se justifie uniquement par la volonté politique de réaliser des économies sur le dos de la qualité des formations. Sous le couvert d’un vocable généreux (amener tous les élèves de la voie professionnelle à niveau V, 80% à niveau IV et parvenir à 50% à niveau III), les objectifs ministériels sont avant tout comptables et dans le cadre de la RGPP, ce sont près de 10 000 postes de PLP qui seront supprimés dans l’Enseignement Professionnel à l’horizon 2011.

Plus grave encore, nous avons affaire ici à un bricolage dangereux pour les élèves et leur famille :

 Par le biais de la suppression d’une année d’études (bac pro 3 ans au lieu de BEP+ bac pro 2ans), ce sont près de 800 heures de formation (selon les filières) qui seront amputées du parcours des élèves de l’EP arrivant au niveau bac.  Des grilles horaires provisoires ont été bricolées à la va-vite en janvier de cette année par la DESCO, ce qui montre le peu de préparation du projet : elles seront appliquées à la rentrée 2008 et a minima. Les heures de travail en groupe en enseignement général sont réduites à une heure et ce uniquement pour les élèves en difficulté. En repensant les grilles, cette fois pour la rentrée 2009, le ministère ne cherchera-t-il pas avant tout à récupérer des heures comme il l’a déjà fait lors de la « réforme » des ZEP ?  Le Ministère étend l’expérimentation du bac pro 3 ans à la rentrée 2008 alors qu’aucun programme national n’existe : ceux proposés aux équipes pédagogiques résultent de bricolages académiques.  Pire : les modalités d’évaluation du bac pro 3 ans ne sont pas encore définies  Des sections de BEP seront supprimées : le BEP ne serait plus délivré que par le biais de certification en Contrôle en Cours de Formation. Non seulement, ce serait la mort du diplôme national, mais aussi la fin de l’impartialité de la validation avec la disparition pour l’évaluation de l’anonymat des candidats.  Aujourd’hui, les familles n’ont aucune lisibilité pour l’orientation des jeunes vers la voie professionnelle : ici on trouve un BEP, là un bac en trois ans. Il apparaît difficile de prendre des décisions quand l’orientation constitue un enjeu majeur pour les élèves de troisième. Tout est fait actuellement pour favoriser le remplissage des sections de Bac Pro 3 ans au détriment des sections de BEP, à l’encontre même des demandes des familles.  Des sections de CAP sont créées « pour accueillir les élèves les plus fragiles », sans moyens. Il est inadmissible qu’une partie des jeunes orientés vers la voie professionnelle soit reléguée dans des classes concentrant toutes les difficultés scolaires et souvent sociales : ces élèves se retrouvent exclus et les plus faibles se retrouvent ghettoisés et de facto éliminés du système scolaire.

Sur le plan pédagogique, faire mieux avec moins est totalement utopique, sauf aux technocrates qui veulent faire sauter des postes et justifier des réformes inégalitaires. Un tiers des élèves qui poursuivent leur cursus après la troisième sont orientés vers la voie professionnelle. La grande force de l’Enseignement Professionnel Public réside dans sa capacité à remotiver des jeunes en difficulté scolaire et/ou en rupture avec l’institution. Deux années de BEP permettaient ce travail avec un objectif à court terme, et la poursuite en bac pro deux années supplémentaires ouvrait ensuite à ces lycéens un horizon des possibles. Il est à craindre qu’une partie des flux d’élèves orientés aujourd’hui vers l’enseignement professionnel public soit exclue demain du cursus en trois ans : c’est le cautionnement ministériel insupportable d’une « sélection qui ne dirait pas son nom » (cf. le Ministre en conférence de presse en novembre). Quel avenir pour les jeunes en difficulté, dans ces conditions ? L’apprentissage patronal voire public ? La relégation vers l’insertion prise en charge par les régions ? Nous savons par ailleurs que ce n’est pas ce niveau d’élèves que souhaite recruter l’apprentissage et il est à craindre que les élèves en difficulté se retrouvent sur le bord du chemin, exclus du système scolaire.

La situation actuelle conforte malheureusement les analyses de la FSU et son action contre la généralisation du bac pro en trois ans, généralisation précipitée et bricolée quand les analyses de l’expérimentation des bacs pros en 3 ans se révèlent défavorables (rapport IGEN 2005). Dans ces conditions, nous sommes en droit de douter de la volonté ministérielle de promouvoir la voie professionnelle. Ce sont surtout des économies qui seront faites sur le dos des jeunes les plus en difficultés pour payer les cadeaux fiscaux faits aux plus riches par l’actuel gouvernement.

Par ailleurs, la FSU s’interroge sur la situation des LP municipaux puisque la SG du rectorat de Paris a annoncé un travail du rectorat avec la ville et la région sur la carte des formations à ce propos : quand seront nous informés et surtout consultés sur ce point ?

 Interventions sur les structures pédagogiques et les moyens en emplois

Sur le point consacré aux « structures pédagogiques des lycées et aux modalités générales d’attribution des moyens en emplois » : quelle est l’utilité de faire un CIEN à ce stade de l’année alors que toutes les structures pédagogiques ont déjà été présentées il y a plusieurs mois en CTPA et quelles sont pour la plupart finalisées ? Il serait quand même plus judicieux que ce point soit étudié au moment où les rectorats élaborent leur propre carte des formations. Par ailleurs, au delà des documents insuffisants et incomplets envoyés, tardivement, aux organisations syndicales en préparation de ce CIEN, il serait nécessaire d’avoir une analyse à l’échelle régionale de la situation de nos trois académies. A défaut nous l’avons fait à notre niveau.

Pour la FSU, ce qui caractérise, l’évolution de la carte des formations en lycée à l’échelle régionale, c’est la disparition progressive d’une voie de formation : le Technologique industriel et de certaines options : Langues vivantes à faible diffusion (Allemand, Italien, Russe etc.), Latin et Grec, au prétexte que les élèves ne seraient plus demandeurs. Nous plaidons pour des politiques volontaristes à l’échelle des bassins et des établissements pour remédier à cette logique du « laissez faire ». Les Rectorats préparent, de fait, un déplacement de la formation en voie technologique industrielle partie sur la voie professionnelle et partie sur l’apprentissage. La disparition progressive du Technologique industriel est aussi à lier avec le développement des BP3. Et cela, sans prendre en considération ni ces élèves qui trouvent dans la voie technologique une filière de réussite et notamment d’accès au supérieur (le BTS), ni les personnels qui enseignent dans ces sections, ni les besoins de la première région industrielle de France. Plus particulièrement sur l’apprentissage, ce ne peut être une voie de formation en remplacement du lycée (professionnel ou technologique) et nous regrettons que la région investisse dans cette démarche en se fixant un objectif de 100 000 apprentis en 2010 et qui à terme signe la fin de la voie technologique sans résoudre les problèmes des jeunes .

L’autre partie de ce point : « modalités générales d’attribution des moyens en emplois » nous intrigue beaucoup : qu’entendez-vous par là ? Pourriez-vous nous expliquer ce que sont ces « modalités générales » ? L’absence de documents préparatoires nous laisse encore dans l’expectative. Ceci étant, une autre caractéristique forte des 3 académies pour la rentrée 2008 est que les recteurs sont allés bien au delà de ce qu’impliquait le retrait - au nom du dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux - en emplois. 1392 suppressions d’emplois budgétaires d’enseignants ou Equivalent Temps Plein pour la rentrée 2008 se sont transformés en 2095 suppressions de postes fixes dans les établissements : soit 177 ETP et 249 postes fixes pour Paris, 637 ETP et 870 postes fixes pour Créteil, 578 ETP et 976 postes fixes pour Versailles. Cette politique volontariste de chasse aux postes fixes va au delà de l’évolution des effectifs. Elle a pour but de préparer la RGPP et ses 80.000 suppressions d’emplois. L’absence de personnel en poste fixe -l’administration profitant le plus souvent d’un départ à la retraite pour fermer un poste- est particulièrement efficace pour fragiliser des options dans les établissements et dans les bassins de formation. Par contrecoup, elle provoque le développement des postes de TZR dans les 3 académies, précarisant encore plus les personnels qui sont souvent sur ce type de poste (de TZR) des néotitulaires. Pour conclure sur ce point : le bilan est pour la FSU extrêmement négatif et très inquiétant pour l’avenir des jeunes de la Région quant à ses besoins en terme de formation, région qui souffre d’un sous-investissement en la matière, et qui va renforcer certaines inégalités.

Pour la FSU, Jean-François Gay


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